Peut-on trop amortir une salle ?
Posté : 27 août 2026, 10:36
Bonjour à tous,dechab a écrit : ↑26 août 2026, 12:04 Je me pose (entre autre) des questions sur les traitements acoustiques.
Je """surveille""" par ex. ce fil (et d'autres) pour voir les questions/ solutions proposées dès à présent + celles à venir.
J'ai relevé par ex. sur un autre fil (propos de l'Indien) qu'un local trop amorti ne serait pas bon à son goût
C'est le genre de question "de fond" qui selon moi se pose dès lors que qqu'un comme Aspicon part de zéro et conçoit un local dédié musique sans les contraintes typiques de l'aménagement d'un local déjà existant et qu'on veut améliorer (ce qui est mon cas).
Partir "de zéro" permet toutes les options (il faut tenir compte du coût) mais ce n'est pas 10 ou 20 cm d'épaisseur d'absorbant en + ou en - sur "x" surface qui changera de beaucoup le coût total ?
Je trouve que le fait de dire "trop amorti n'est pas bon" est contre intuitif, dans le sens où toutes les "réflexions + le champ diffus" sont des colorations - des distorsions acoustiques en fait - et sont donc propres au local.
Ces colorations me semblent à priori néfastes pour respecter ce qui est propre à l'adn singulier de chaque message sonore.
J’ai déplacé ce post dans un nouveau fil afin de ne pas diverger du sujet dont il est issu. Les questions posées sont pertinentes et beaucoup d’audiophiles se les posent.
Elles ont déjà été abordées dans plusieurs fils de ce forum, mais on peut essayer d’y répondre ici sous la forme d’une synthèse des différents arguments qui y ont été développés.
Je me place dans les hypothèses de l’auteur de ce post : une salle dédiée, dans laquelle toutes les options de traitement acoustique sont possibles. De plus, au vu de son système, présenté sur un autre forum (
Peut-on trop amortir une salle ?
La question fondamentale est donc : « Peut-on trop amortir ? »
Avant d’y répondre, il faut évidemment définir ce que signifie « trop amortir ».
Dans une première approche, on pourrait corréler cette notion au temps de réverbération d’une salle de volume donné. Il existe d’ailleurs des recommandations qui donnent des valeurs de temps de réverbération en fonction du volume, avec des bornes minimales et maximales. Descendre en dessous de la valeur minimale reviendrait alors, selon cette approche, à trop amortir la salle.
Une analyse plus fine montre cependant que ces recommandations ne répondent pas réellement au problème, pour deux raisons.
La première est que la distance critique est probablement un critère plus pertinent. Celle-ci dépend à la fois du temps de réverbération et de la directivité de la source.
La seconde, plus fondamentale, est que dans un local dédié, nécessairement plus absorbant qu’une pièce de vie, la notion même de temps de réverbération devient beaucoup moins pertinente.
En effet, lorsque le nombre de réflexions est très faible, les conditions nécessaires à l’établissement d’un véritable champ réverbéré ne sont plus réunies. La notion de temps de réverbération suppose implicitement que la valeur mesurée caractérise globalement la pièce, et donc qu’elle constitue une sorte de moyenne spatiale.
Or, dans une salle dédiée fortement traitée, le temps de décroissance (decay) peut varier considérablement selon la position de la source et celle de l’auditeur. Il n’est donc plus réellement une caractéristique intrinsèque et uniforme de la pièce.
Et, à mon sens, il n'a surtout pas intérêt à l'être.
Si le temps de réverbération ne permet pas, à lui seul, de définir ce qu’est une pièce « trop amortie », comment peut-on alors définir cette notion ?
Le malaise de la chambre anéchoïque
Une autre approche pourrait consister à se baser sur le confort de l’auditeur dans la pièce.
Nous connaissons tous, même sans avoir nécessairement fait l’expérience nous-mêmes, le malaise que peuvent ressentir certaines personnes lorsqu’elles pénètrent dans une chambre anéchoïque.
C’est d’ailleurs l’un des premiers arguments avancés par les audiophiles qui ne souhaitent pas trop amortir leur salle.
Pourtant, cet argument est, à mon sens, trompeur.
Il faut ici faire intervenir la psychoacoustique pour comprendre ce qui se passe réellement.
Le malaise éprouvé dans une chambre anéchoïque ne provient pas uniquement de l’absence de réverbération. Il est en grande partie lié au conflit sensoriel créé par le contexte visuel.
Pour s’en convaincre, on peut imaginer une situation différente : dehors, à la campagne, par une nuit très calme, dans un vaste champ, la réverbération est elle aussi extrêmement faible. Pourtant, on ne ressent généralement pas ce même malaise.
Dans une chambre anéchoïque, en revanche, on voit des murs, un plafond et un sol relativement proches. Notre système perceptif s’attend donc naturellement à entendre les réflexions acoustiques correspondant à cet environnement.
Lorsque celles-ci sont totalement absentes, il existe un décalage entre ce que nous voyons et ce que nous entendons. Cette dissonance sensorielle peut alors être interprétée comme quelque chose d’anormal et provoquer une sensation d’inconfort ou d’oppression.
Supprimer les réflexions ?
Vous avez écrit :
« Toutes les "réflexions + le champ diffus" sont des colorations - des distorsions acoustiques en fait - et sont donc propres au local. »
Vous avez parfaitement raison sur le principe. Allons même plus loin, dans un premier temps, en considérant que ces réflexions sont indésirables et qu’il faudrait donc toutes les supprimer.
On voit alors se dessiner un traitement acoustique assez particulier : absorber autant que possible les réflexions produites par les enceintes tout en conservant, du point de vue de l’auditeur, suffisamment de surfaces diffusantes pour renvoyer les sons produits dans la pièce elle-même — voix, mouvements, etc.
L’objectif est notamment d’éviter que l'environnement acoustique paraisse totalement anormal à l'auditeur.
C’est le concept développé par Thomas Jouanjean avec la notion de salle FTB, dont vous trouverez des explications complémentaires dans ce lien : Northward Acoustic
Ce type de salle ne donne pas une impression de salle « morte » et le qualificatif de "trop absorbante" n'a pas lieu d'être employé, même si elle est évidemment beaucoup plus absorbante qu’une pièce de vie classique.
Pourtant, le temps de décroissance mesuré au point d’écoute avec le système de reproduction peut être extrêmement faible, et très, très inférieur aux recommandations évoquées précédemment.
Les réflexions sont-elles réellement néfastes ?
Revenons sur l’hypothèse de départ : toutes les réflexions sont-elles néfastes et faut-il chercher à les supprimer ?
Ce sujet est régulièrement abordé et discuté. C’est ici que l’on peut notamment citer les travaux de Floyd Toole lorsqu’il travaillait chez Harman.
Toole a montré que certaines réflexions, notamment les réflexions latérales précoces, peuvent contribuer à augmenter la largeur apparente de la source sonore et à donner une sensation d’enveloppement.
Dans ces conditions, on entend bien l’enregistrement, mais on y ajoute les micro-réflexions latérales contrôlées de la pièce. Le résultat peut alors être perçu comme plus large et plus enveloppant.
Il faut cependant distinguer deux choses : ces réflexions constituent bien une modification du signal original, mais cette modification peut être interprétée par notre système perceptif comme une amélioration du plaisir d’écoute.
Si ces réflexions enrichissent la sensation d’espace, ne sont-elles donc pas nécessaires ? Ne tendent-elles pas finalement vers ce que l’on pourrait appeler « un meilleur son » ?
Encore faut-il définir ce qu’est un « meilleur son ».
Les réflexions sont-elles nécessaires à la stéréo ?
C’est, à mon avis, sur leur caractère nécessaire que les partisans des réflexions se trompent.
Le mixage peut parfaitement créer une image stéréo très large sans avoir besoin des réflexions de la pièce.
Les techniques utilisées lors du mixage — panoramique, différences de niveau et de phase, délais, réverbérations, etc. — permettent de construire une image sonore extrêmement large et profonde sans que la pièce ait besoin de l’élargir artificiellement.
Dans une salle de type FTB, si le mixage produit une scène étroite, on la perçoit comme telle. Si le mixage produit une scène très large, on peut percevoir une image qui dépasse largement la distance physique séparant les deux enceintes.
Dans une pièce avec des réflexions, ces réflexions produites par la pièce sont, elles, relativement indépendantes du contenu du mixage. Elles imposent donc en quelque sorte leur propre contribution à la largeur apparente de l'image.
Il y a d’ailleurs un problème plus général : les ingénieurs du son doivent concevoir leurs mixages pour être compatibles avec une très grande diversité de systèmes d’écoute, allant de l’enceinte Bluetooth au système stéréo très performant installé dans une salle fortement amortie, en passant par la chaîne hi-fi classique installée dans une pièce de vie.
Un mixage présentant une scène stéréo extrêmement large, donnant une reproduction très précise et très étendue dans une salle de type FTB, pourra ainsi devenir beaucoup plus confus dans une pièce présentant des réflexions précoces pourtant salutaires pour l'image stéréo.
Et dans votre cas ?
Pour revenir plus concrètement à votre situation, compte tenu de la qualité déjà élevée de votre système, je pense que la première étape consiste à le caractériser précisément par la mesure, à la fois au niveau des enceintes et de l’acoustique de la pièce.
Je vois que vous commencez à utiliser REW : c’est exactement la bonne démarche.
Des mesures suffisamment complètes — réponse en fréquence, décroissance temporelle, réflexions, réponse des enceintes, etc. — devraient permettre d’identifier les éventuels points perfectibles.
À partir de là, il sera beaucoup plus facile de déterminer quels traitements sont réellement utiles et lesquels risquent au contraire d’être contre-productifs.
Cordialement
Jean