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Ecoute comparative local traité vs non traité avec Igor Kirkwood

Posté : 19 août 2026, 01:47
par Pio2001
J’ai déjà eu l’occasion d’apprécier le système d’Igor Kirkwood, ingénieur du son connu pour ses enregistrements de musique classique réalisés avec deux micros et sans aucun traitement.
Son système est optimisé par Jean-Luc Ohl et installé dans une pièce entièrement traitée acoustiquement, dans une maison qui fait partie d’un ensemble résidentiel avec d’autres maisons identiques à la sienne.

Avec Bruno, un voisin également passionné de son, ils ont fait une expérience : écouter la même enceinte dans le salon traité d’Igor, et dans le salon, identique mais non traité, de Bruno. Le résultat fut tellement étonnant qu’Igor m’a invité à venir faire l’expérience.
C’est une occasion exceptionnelle de pouvoir comparer directement deux pièces identiques, de même construction et de même forme (toutes les maisons de la rue sont identiques), une traitée et une non traitée.

Les enceintes d’Igor et de Bruno étant très difficiles à transporter, j’ai proposé d’apporter une Neumann KH-120, un moniteur de studio de proximité, exemplaire de neutralité. Je n’ai pas pu en amener deux avec moi dans le train. Les écoutes se feront donc en mono sur un seul moniteur.

La pièce et son traitement

La pièce fait environ 30 m² pour une hauteur sous plafond en pente qui varie, à gauche de 4,95 mètres et à droite de 5,22 mètres. cela donne un volume de 150 mètres cube.

La distance auditeur/enceinte est de 2.3 à 3 mètres.
Système2.PNG
Chez Igor, le traitement acoustique consiste en laine de roche + tissu et molleton sur tous les murs.
Epaisseur de 5 cm mur escalier
Epaisseur de 10 cm entre les poutres
Epaisseur de 5 cm murs arrière des enceintes
Epaisseur de 10cm sous le plancher mezzanine
Rideau de 18 Kg (2x 9 Kg) disposé devant la baie vitrés face aux enceintes
Plancher en bois flottant sur mousse 7 mm, 3 tapis et moquette sous tapis

Chez Bruno il y a seulement un tapis, et un rideau plus léger en face des enceintes.

Ecoute en mono chez Igor – salle traitée

Je connais bien la KH-120, puisque je l’ai utilisée dans mon propre salon (très différent de ceux d’Igor et de Bruno).

On écoute donc en mono avec uniquement l'enceinte de gauche, où elle sera plus à l’aise qu’à droite contre la porte vitrée. On note scrupuleusement l’emplacement de l’enceinte pour pouvoir la mettre exactement au même endroit dans le salon de Bruno : 90 cm du mur du fond (derrière l'enceinte), 120 cm du mur de gauche. Point d'écoute à 260 cm du mur de devant (derrière l'enceinte), 275 cm du mur de gauche.

Après avoir écouté quelques morceaux que je connais bien, ainsi que des prises de son acoustiques, dont le Graduel d’Aliénor de Bretagne par Vox Clamantis, enregistré par Igor lui-même, ma première impression est que malgré le traitement, les murs de la pièce imposent la réponse dans le grave, qui est monocorde (registre 75 Hz en avant ?).
Je trouve aussi un manque de chaleur dans le son (registre 500 Hz en retrait ?).

On note une forte localisation de l’enceinte, qui sonne très « mono ». Le son semble bien venir d’une source ponctuelle.
Il y a également une nette différence selon qu’on est exactement dans l’axe, quand l’enceinte est pincée vers nous, ou en dehors de l’axe, avec l’enceinte un peu plus parallèle au mur. Mais sans préférence particulière pour moi entre les deux orientations.

Je passe à deux morceaux test que j’ai préparés pour mettre l’acoustique à l’épreuve.
Blue Planet Corporation – Intrigue (passage de 3:20 à 4:00, les deux canaux downmixés en mono). Son électroniques très secs, très rapides joués en staccato. Au casque, c’est un foisonnement de détails. Dans une pièce comme mon salon, non traité, c’est une bouillie sonore indistincte.
Dans la pièce traitée d’Igor, c’est aussi clair qu’au casque !
Kraftwerk - The Mix - Computerliebe, le passage de 1:00 à 1:07, que j'appelle la "montée des castagnettes". Au casque, on entend un effet de réverbération ajouté d’un seul coup à la fin. Dans mon salon non traité, on n’entend pas du tout cet effet. Le traitement d’Igor est-il suffisant pour le rendre perceptible à nouveau ? Eh bien oui. C’est assez clair.
Je suis bluffé. En passant d’un RT60 de 0,45 chez moi à 0,2 chez Igor, j’ai l’impression que la clarté et l’articulation y gagnent énormément. Les chiffres montrent un TR divisé par deux. A l’écoute il a l’air divisé par 10.

Ecoute mono chez Bruno – même salle non traitée

En entrant dans la pièce, l’acoustique y est immédiatement différente en raison de l’absence de traitement. Nos voix résonnent sous le plafond haut, avec une coloration chaude dans le bas médium.
L’enceinte y est placé exactement au même endroit que chez Igor, on avance le divan pour écouter aussi depuis le même endroit.

Le son de l’enceinte est plus chaleureux. Il n’y a pas ce manque à 500 Hz que j’avais noté chez Igor. Par contre le grave me semble encore plus monocorde. D’ailleurs, dans les deux cas nous avons placé le bass trim du moniteur Neumann à -2,5 dB pour baisser un peu le grave.
L’articulation du message sonore est moins bonne. Les instruments sont entassés les uns sur les autres dans un certain fouillis. Ce n’est toutefois pas si catastrophique qu’on peut le lire parfois au sujet des pièces non traitées.
Mon morceau test Blue Planet Corporation ne passe pas, comme je le prévoyais. Les notes roulent les unes sur les autres dans un flot continu au lieu d’arriver une par une « en mitraillette ».
Mais pour Kraftwerk, j’entends tout de même un peu l’effet de réverb ajouté dans l’enregistrement. Dison que j’arrive à détecter à quel moment il se déclenche.

Réécoute chez Igor, même salle avec traitement

J.S.Bach, messe en si, par la Netherlands Bach Society (de 19:43 à 20:50) : https://youtu.be/3FLbiDrn8IE?si=KPP4Bh1Y6IFUfkig&t=1183
Liu Xing, Reminiscences of Yunnan, par le Hsinchu City Youth Chinese Orchestra (de 8:08 à 10:33) : https://youtu.be/p1wVOyJus_E?si=X4tZO0eKkLFK-vF3&t=488


Sur ces ensembles orchestraux (toujours en mono avec une seule enceinte), le traitement apporte un étagement des registres de l’orchestre. On entend distinctement les cordes et les cuivres, on entend séparément les voix et les cordes.
Sans traitement, chez Bruno, l’orchestre apparaissait plutôt comme un bloc, une masse sonore. Assez belle, particulièrement grâce à la neutralité de l’enceinte Neumann, mais sans texture. Les cordes n’étaient pas frottées, le timbre des instruments à anche passait inaperçu.

Mesures et interprétation

Mesure du temps de réverbération avec un sweep joué par la Neumann, enregistré avec micro Umik-1 au point d’écoute.
Sans traitement :
01 TR non traité.png
Avec traitement :
02 TR traité.png
La courbe verte « Topt » est l’estimation du temps de réverbération de la pièce par REW. Il est propre à la pièce et ne dépend pas de l’enceinte ou de la distance de mesure.
La courbe bleu clair est l’Early Decay Time. Il représente la capacité à détacher les notes les unes des autres. Il dépend de la distance de mesure. Plus on est près de l’enceinte, plus il est bas, car le son direct est de plus en plus dominant.
Le Topt (=RT60 estimé) passe de 0,5 à 0,2 secondes, et il devient constant de 300 Hz à 10 kHz
La remontée à 50 Hz se produit dans toutes les pièces.
On voit que le traitement fait beaucoup baisser le RT et l’EDT.

Il s’ensuit un son plus détaillé et articulé, avec moins de réverbération.

Mesure Micro Mobile
Sans traitement :
04 Réponse non traité.png
Avec traitement :
03 Réponse traité.png
A comparer avec la mesure anéchoïque du moniteur Neumann
05 KH120.png
Source : https://www.spinorama.org/speakers/Neum ... ippel.html

Cette mesure montre beaucoup de choses :
• Le traitement a résolu les problèmes de courbe de réponse de 80 Hz à 600 Hz. Le creux entre 80 et 250 Hz est remonté, et la bosse de 250 à 600 Hz est neutralisée.
• Le traitement n’a pas eu d’effet sur la bosse de 50 à 70 Hz. Il a même ajouté une annulation à 65 Hz (à moins qu’elle ne vienne d’autre chose, comme le plancher surélevé, ou le téléviseur de plus de 100 pouces chez Igor).
• Les impressions d’écoute doivent être complétées par des mesures. Contrairement à ce que je pensais, le grave à 75 Hz n’a pas été amélioré par le traitement. Il est resté le même, seulement à l’écoute il est mieux intégré aux autres registres grâce à l’effet bénéfique du traitement de 80 à 250 Hz. Et non il n’y a pas de trou à 500 Hz chez Igor. C’est chez Bruno qu’il y a une bosse.
• De 1200 Hz à 20000 Hz, la réponse au point d’écoute est exactement la courbe de power response de l’enceinte, avec ou sans traitement, comme on peut le voir en superposant les deux courbes :
06 compare.png
Accessoirement, on peut aussi constater que le traitement diminue la « forêt de pics » qu’on voit sur la mesure sweep brute en un point :
07 comparesweep.png
En jaune, dans la pièce traitée, les variations brutales sont plus faibles qu’en vert. L’annulation la plus basse à avoir été bouchée est celle de 90 Hz. Le traitement n’a eu aucun effet sur l’annulation à 43 Hz.

Mais cette diminution des variations n’est rien d’autre qu’une image du temps de réverbération, qu’on a déjà affiché plus haut, vu dans le domaine fréquentiel. Les mathématiciens parmi vous savent en effet qu’une variation très brutale dans la courbe de réponse correspond à un étalement temporel très long de la réponse impulsionnelle. Cela n’apporte donc pas d’information essentielle à part une vue plus précise par rapport à la fréquence.

Conclusion

A partir de 80 Hz, le traitement acoustique a permis une réduction drastique du temps de réverbération, ce qui a permis d’améliorer beaucoup l’intelligibilité du message musical : notes bien détachées les unes des autres, registres de l’orchestre bien séparés. Texture des timbres bien détaillée.

De 80 à 1000 Hz, le traitement a permis en outre une linéarisation de la courbe de réponse, qui correspond à l’élimination de l’effet « caverneux » de l’acoustique non traitée. Le creux de 80 à 250 Hz est bouché, la bosse de 250 à 1000 Hz est éliminée.

Au-delà de 1000 Hz, la courbe de réponse de l’enceinte domine. Le traitement améliore toujours grandement l’intelligibilité, mais uniquement par son effet sur la réverbération, et non plus sur la courbe de réponse.

Sous les 70 Hz, le traitement n’a pas eu d’effet.

La localisation dans l'espace est améliorée par le traitement, mais l'écoute en mono n'a pas permis de juger de l'effet sur la scène sonore stéréo.

Un grand merci à Igor et Bruno pour avoir rendu cette comparaison possible.

Re: Ecoute comparative local traité vs non traité avec Igor Kirkwood

Posté : 19 août 2026, 09:10
par Aspicon
Bonjour,
Merci pour ce retour d’expérience très intéressant et très bien documenté. :up
Dommage pour l'absence d'écoute en stéréo qui est quand même un sacré sujet rapport au traitement acoustique.
IL va falloir une saison 2 :smile

Rémy