Petit rappel sur la scène sonore. Elle existe sur les trois axes X, Y, Z, donc horizontal, vertical et profondeur.
Principalement:
- Horizontal : ouverture horizontale de l’enceinte et interaction avec la pièce sur ce plan, donc principalement les murs latéraux, qui seront ici le sujet principal
- Vertical : ouverture verticale adaptée de l’enceinte, viser 60/70° en salon "de base", et interaction avec la pièce, sol (carrelage/tapis...) et plafond (qui peut être traité diffusant / absorbant)
- Profondeur : acoustique arrière de la pièce, présence de diffusion et d’absorption, idéalement côte à côte et non superposées
En salon, une ouverture de 90° permet de moins exciter les murs latéraux et, aux distances d’écoute classiques, de se situer autour de la distance critique, ce qui est généralement recommandé par les acousticiens.
À noter qu’une ouverture de 90° ne peut pas être maintenue sur toute la bande. On partira donc du principe d’une directivité de 90° sur le haut-médiums/aigus, en commençant le plus bas possible de préférence.
En dessous de la coupure avec le composant HF pavilloné on fera "au mieux".
Sans rentrer en détail dans la question de l’énergie rayonnée et de sa perception, il est important de rappeler que cette énergie doit être équilibrée à la fois entre l’axe et le hors axe, mais aussi sur l'addition des deux (axe et hors axe) sur toute la bande de fréquence, du bas au médium et au haut du spectre, le tout adapté à la distance écoute, acoustique, etc... Regarder les Clarity dans REW.
Notre cerveau se comporte en quelque sorte comme un limiteur de SPL : un excès d’énergie perçue, comprenant donc l'énergie directe des enceintes et le rayonnement indirecte, en haute fréquence — ce qui peut rendre le son agressif, fatiguer l’oreille sur le long terme, etc... — limite la capacité à monter le niveau global et réduit donc l’impact, c’est‑à‑dire la zone du “kick punch” ou attaque, située entre 60/80 et 120/150 Hz, que l’on "perçoit moins" car on ne peut pas augmenter le volume.
En extérieur, sans champ réverbéré, cette problématique ne se pose pas, mais la scène sonore est alors également moins présente.
On va donc s’attarder sur les murs latéraux, et sur le choix entre absorption et diffusion. L’objectif n’est pas de dire quoi faire dans tous les cas, mais de poser une méthode de raisonnement pour éviter de partir dans une mauvaise direction.
Avec une radiation large, typiquement 120 à 140°, pavillon de 120° ou radiation directe en gros, on excite fortement les murs latéraux. L’équilibre énergétique latéral est alors obtenu en absorbant à 100% ces murs, c’est-à-dire en réduisant la part d’énergie indirecte venant de ces murs mais sans véritable contrôle sur la manière dont le reste de l’énergie rayonnée par ces murs est renvoyée dans la pièce.
Avec une radiation de 90°, on excite beaucoup moins les murs latéraux. On en devient moins dépendant et, dans un salon classique, on sera alors déjà proche d’un équilibre énergétique latéral relativement idéal.
On ne peut évidemment pas généraliser, chaque acoustique étant unique, mais dans la majorité des salons cette affirmation reste valable.

On a alors le "luxe" de pouvoir, si on le désire, travailler non pas sur la quantité d’énergie latérale, mais sur la manière dont cette énergie se redistribue. L’objectif est d’éviter une réflexion de type miroir, dite spéculaire, et de favoriser une redistribution plus diffuse, par exemple à l’aide de diffuseurs quadratiques.
Les diffuseurs quadratiques redistribuent l’énergie sonore de manière diffuse tout en générant par principe une absorption intrinsèque, relativement faible, due aux pertes dans le matériau et les parois du relief.
Le problème apparaît lorsqu’on laisse ou qu’on ajoute massivement de l’absorption sur les murs latéraux avec une radiation de 90°, comme si l’on était dans une configuration 120°. Dans ce cas, on sur-réduit la quantité de réflexions latérales et donc l’énergie arrivant des côtés. On perd alors de la scène sonore sur le plan horizontal.
En 90°, en salon de vie, soit on a le luxe de ne rien faire ou simplement de meubler légèrement la pièce, ce qui est déjà un des gros avantages de cette ouverture, soit on privilégie la diffusion avec quelques diffuseurs pour améliorer la qualité des réflexions primaires.
Autre point intéressant : nos salons sont souvent asymétriques, avec un mur d’un côté et une fenêtre de l’autre. Par définition, la fenêtre diffuse le son, certes de manière partiellement spéculaire, ce qui n’est pas idéal, mais on ne peut pas y coller un énorme panneau absorbant.
Il est donc plus logique, grâce et avec, une radiation de 90°, de diffuser le mur latéral opposé à la fenêtre, ou de le laisser tel quel avec quelques tableaux. Personnellement, une légère asymétrie sur le type de réverbération me semble préférable à une forte asymétrie basée sur l’absorption.
Le rapport entre diffusion et absorption dépendra bien sûr de l’acoustique propre à la pièce, mais il faut éviter de tomber dans une salle morte en traitant les murs latéraux avec du 100% absorbant dans une configuration à 90° en salon lambda.
Conclusion:
On ne peut pas penser les murs latéraux de la même manière en 120° qu’en 90°.
Dans les deux cas, on absorbera massivement le mur derrière les enceintes, qui reste le point le plus critique.
En revanche, sur les côtés, le 90° permet d’être plus proche de l’idéal dans les conditions domestiques classiques, ce qui implique moins d’interventions, ou en tout cas des interventions moins massives, en privilégiant davantage la qualité de la diffusion, comme une optimisation finale plutôt qu’un traitement lourd.
Petit point salle dédié /studio mastering:
Dans une salle dédiée de taille moyenne avec de la radiation 90°, on aura bien sûr un mix absorption diffusion, cote à cote, avec une part diffusante non négligeable voir importante, d’autant plus qu’on ne laisse généralement pas de murs plats dans une salle dédiée qui en plus est, par definition, non meublée.
Cela reste très différent d’un studio de mastering, qui est lui générallement quasi entièrement absorbant, avec une radiation large de type 120°/140°, avec une logique de point d’écoute differente, un objectif de rendu analytique sans une recherche spécifique de scene sonore, et un temps de réverbération, bien plus bas, qui n’a rien à voir avec celui d’un salon.